Marvin Vega : “ Je suis un meilleur rédacteur grâce aux arts martiaux”

27 juin 2019 0 Par Elodie Honegger

E.H. : Aujourd’hui, je donne la parole à Marvin Vega, un pratiquant avancé d’arts martiaux – 3e Dan et instructeur international ju-jutsu mushin ryu. Il est aussi le co-auteur du blog Corps et Esprit Martial, qu’il anime avec sa compagne Anne Juguet, elle-même amatrice et pratiquante d’arts martiaux japonais. C’est un intérêt que nous partageons, puisque je suis Aïkidoiste, et que cette pratique me nourrit jusque dans la sphère professionnelle

Quand Marvin m’a parlé de son idée d’analyser les ponts entre sa pratique martiale et sa vie de rédacteur sur un blog, j’ai été ravie d’échanger avec lui à ce sujet. Son cheminement vers une production de contenus à la fois sincère et de qualité est une belle inspiration pour qui voudrait lancer un blog, un site web personnel ou professionnel, ou animer tout autre support numérique….  

@Marvin : Merci d’avance pour ce partage de ton expérience ! Trèves de présentations… le voilà. Bienvenue dans l’univers du ju-jutsu mushinryu ! 🙏

💡 note : si vous êtes pratiquant·e d’arts martiaux, je vous conseille l’article de Marvin sur les avantages de la souplesse, très bonne ressource 😉

Les thématiques abordées par Marvin Véga

1. Ritualiser le début de la pratique

2. L’humilité : shoshin est nécessaire

3. La sincérité au coeur de ma pratique

4. Je n’échoue jamais : soit je réussis, soit j’apprends

5. Ce n’est pas le but qui est important, c’est le chemin.

Marvin Vega :

Bonjour à toutes et tous ! Si aujourd’hui je prends la parole sur ce blog, c’est pour vous partager mon expérience dans le monde de la rédaction web. Nous allons surtout nous attarder sur la manière dont les arts martiaux m’ont permis de devenir un meilleur rédacteur.

1. Ritualiser le début de la pratique

Marvin Vega :

Lorsqu’on arrive dans un dojo, il y a généralement des règles à respecter :

Comme on fait son salut, on fait sa pratique

Armand Valle, fondateur du ju-jutsu mushinryu.

Cette doctrine se rapproche du “comme on fait son lit on se couche”. Le salut, l’étiquette, est la première des choses que l’on voit de vous quand vous arrivez dans un dojo. Bien entendu, on n’attend pas de vous que vous fassiez tout de manière irréprochable à chaque instant, cela serait énorme. Par contre, on attend de vous que vous soyez concentré sur ce que vous faites. Parfois, rien qu’en voyant un élève monter sur un tatami, je sais qu’il n’est pas en forme, car il n’a pas fait son salut correctement. 

Le salut est la première des techniques que l’on pratique. Si vous la pratiquez sans être concentré au départ, vous risquez d’être distrait durant tout le cours. C’est d’ailleurs pour cela que je trouve que le mokuso (une petite méditation) en début de cours permet de se centrer efficacement sur sa pratique.

🔗[À lire sur Corps et Esprit Martial] améliorer vos performances grâce au mokuso. Vous y apprendrez les bases de la méditation et les bienfaits que vous pourrez en tirer.

C’est l’un des points qui font que les arts martiaux m’ont permis de devenir un meilleur rédacteur et c’est un point que je trouve très utile : être capable de rentrer en mode “concentration” et ne pas me laisser perturber. Que vous soyez chez vous, ou dans un espace commun, cette concentration vous est nécessaire. 

Par l’étiquette qui est imposée dans ma pratique martiale, j’ai appris à me concentrer. Je me suis imposé des règles avant d’écrire, j’ai ritualisé ma mise au travail. Par exemple, je me fais toujours un café ou un thé bien chaud, et je commence par écouter une musique calme avant de me mettre à l’écriture. 

E.H.

Je peux ajouter à l’expérience de Marvin ma situation particulière de “nomade digitale”. Puisque je vis en mouvement permanent, ma capacité de concentration est l’une de mes meilleures amies. Que je sois dans un café, sur une place passante, dans un van aménagé (un T5 Volkswagen, ou “château ambulant” pour les intimes), ou encore dans un espace de co-working, je dois pouvoir chasser de mon esprit toutes les distractions potentielles.

Si vous avez des difficultés de concentration en “environnement perturbé”, je vous recommande la création d’une playlist sur-mesure, pour vous isoler phoniquement et apporter le focus nécessaire à une activité créative telle que l’écriture. Je suis aussi très adepte de la cohérence cardiaque, une activité qui permet de revenir au calme après un éventuel “coup de stress”.

(Coucou les community managers qui gèrent des buzz qu’ils soient “good” ou “bad”…😉)

2. L’humilité : “shoshin” est nécessaire

Marvin Vega :

Dans les arts martiaux, l’un des concepts centraux est très certainement le shoshin, l’esprit du débutant. C’est une façon de penser et de faire qui nous rappelle sans cesse que peu importe combien on progresse, nous restons des débutants. 

Peu importe combien on progresse, nous restons des débutants.

Marvin Vega

Vous pouvez être 4ème Dan de votre art martial, il y a tant de choses que vous ne savez pas, que vous ne maîtrisez pas, qu’il est difficile de perdre cet état d’esprit. Bien entendu, cela nécessite de sortir de sa zone de confort. Et si vous le faites, vous progresserez plus rapidement. 

C’est aussi shoshin qui va faire de vous un meilleur communicant. Si vous vous adressez à quelqu’un avec humilité, vous aurez un ton qui lui sera sympathique. Tout d’abord, vous ne lui manquerez pas de respect par maladresse, mais surtout il se sentira considéré.

Grâce à shoshin, j’ai pu devenir un meilleur rédacteur pour une autre raison. En gardant l’esprit du débutant, je garde aussi en tête qu’il est possible d’apprendre de n’importe qui.

De fait, je prends positivement les remarques que l’on me fait (même celles des haters ), car je m’améliore grâce à elles.

Marvin Vega

Je suis certain qu’il vous est déjà arrivé de vous sentir piqué au vif par une remarque. La prochaine fois que cela vous arrivera, rappelez-vous que vous pouvez apprendre de n’importe qui, même si cette personne ne maîtrise pas votre sujet. Si cette personne se trompe, mais semble persuadée de ce qu’elle vous dit, vous apprenez d’elle que des personnes ont besoin d’être informées dans ce sens, et vous avez une nouvelle idée d’article !

Apprendre en permanence est une clé qui me permet de devenir un meilleur rédacteur de jour en jour.

E.H.

Ce qu’explique Marvin dans ce paragraphe, c’est pour moi la base de travail du Community Manager : échanger avec les internautes tout en gardant l’esprit ouvert. En effet, l’interface numérique rend les discussions beaucoup plus délicates que les interactions In Real Life : sur internet, pas de ton de voix pour nuancer les émotions, les échanges sont parfois trop rapides, les réponses faites entre deux coups de téléphone voire sous l’influence d’un agacement passager…

Bref : on a tout intérêt à accueillir les commentaires avec bienveillance et humour, qu’ils soient encourageants ou critiques. Une ressource passionnante à ce propos : le Ted Talk de Sherry Turkle “Connected, but alone ?”.

3. La sincérité au cœur de ma pratique

Marvin Vega :

La sincérité est l’une des vertus nécessaires à la pratique d’un art martial. Et cette vertu va bien plus loin que le fait de ne pas mentir. Être sincère, c’est se livrer intégralement et totalement, ne pas faire de demi-mesure. 

Lorsque je pratique les arts martiaux, je me sens entre la vie et la mort à chaque instant. Chaque attaque doit vouloir neutraliser son adversaire. Si je n’agis pas pleinement, avec sincérité, j’empêche mon partenaire de progresser et je lui donne de mauvaises habitudes. Si je suis compétiteur, je prends alors le risque de perdre, parce que je ne me suis pas donné à fond. Sans sincérité, la pratique n’est qu’une illusion à mon sens. Je ne dis pas qu’il faille être rapide dans nos mouvements, mais il faut qu’on ait l’intention de frapper correctement.

Vous prenez un risque en vous dévoilant sincèrement en tant qu’auteur de blog.

Marvin Vega

Comme dans les arts martiaux, vous prenez un risque en vous dévoilant sincèrement en tant que rédacteur, mais c’est la meilleure façon de toucher vos lecteurs. Devenir un meilleur rédacteur c’est aussi accepter de livrer une partie de soi.  Je pense qu’une trop grosse barrière entre vous et vos lecteurs est un frein à la création d’un contenu sincère.

Je suis enseignant en lycée professionnel. Lorsque j’ai commencé les vidéos YouTube pour le blog “Corps et esprit martial”, j’ai réfléchi au problème, me disant que mes élèves risquaient de se moquer de moi. J’ai finalement décidé de ne pas me cacher, car ce blog fait partie de moi. Au final, les élèves en sourient parfois mais de façon très amicale. Cela nous a même rapprochés, car ils ont vu un autre aspect de ma vie, et ils ont compris mes centres d’intérêt. Aujourd’hui il y en a même quelques-uns qui nous suivent régulièrement sur le blog.

E.H.

Cette sincérité qu’évoque Marvin, est un conseil applicable dans toute stratégie de présence en ligne. Il est extrêmement difficile de se faire passer pour quelqu’un que l’on n’est pas. Un jour ou l’autre, le masque tombe, alors autant jouer franc-jeu… Dans le contexte d’une recherche d’emploi par exemple, l’authenticité est bien souvent le meilleur des paris.

Un exemple récent qui le démontre parfaitement, c’est le CV vidéo de Diane Benhamou, une étudiante (et presque diplômée) de l’EM Strasbourg Business School. Elle a décroché le stage (et bientôt le job) de ses rêves en se dévoilant de manière extrêmement honnête.

4. Je n’échoue jamais : soit je réussis, soit j’apprends.

Marvin Vega :

Dans les arts martiaux, vous chutez et vous relevez sans cesse, au sens figuré comme au sens propre. Il faut apprendre à accepter la défaite, mais aussi continuer à progresser lorsqu’on gagne. Si vous réduisez vos efforts dès que vous commencez à dominer, alors vous cessez d’évoluer. 

Shoshin permet de vous faire voir que le chemin qu’il vous reste à parcourir est long, et qu’il faut maintenir ses efforts si l’on veut avancer sur ce chemin. Il est souvent aisé de s’arrêter à la première victoire, ou à la première défaite. Les arts martiaux vous obligent à vous relever quoi qu’il arrive. 

Si vous restez au sol alors que vous êtes menacé par deux personnes, vous prenez de gros risques ! Il faut vite vous remettre sur pieds, et garder votre esprit combatif. 

E.H.

Si on accepte l’idée d’être en apprentissage permanent, les échecs ont une saveur bien différente. Ils deviennent très rapidement de belles opportunités d’apprentissage. Dans la vie de rédacteur·trice, cela peut s’exprimer dans les relations avec des client·es, et notamment à travers les échanges précédant la validation d’un texte livré. Parfois, on comprend immédiatement le besoin, l’angle et le ton souhaités… et parfois, quelques ajustements sont nécessaires. Plus on est prêt·e à investir du temps dans la compréhension des attentes de celles et ceux pour qui on écrit, et plus on développe des qualités telles que l’adaptabilité, l’exigence, ou la créativité. Dans le domaine un peu plus vaste de l’entrepreneuriat, on peut citer l’association française 60 000 Rebonds, qui se fait fort de re-valoriser l’échec en tant qu’étape nécessaire vers le succès. Un état d’esprit parfois difficile à ancrer dans la culture française.

Marvin Vega :

Un peu plus haut nous avons parlé de shoshin, l’esprit du débutant. Un autre principe important c’est fudoshin, l’esprit persistant. Cet état d’esprit est essentiel aux pratiquants d’arts martiaux, car c’est lui qui nous fait nous lever tôt le dimanche matin pour aller nous entraîner. C’est également lui qui nous permet de continuer à nous entraîner quand on est fatigué, et de dépasser nos limites.

En rédaction comme en arts martiaux, si vous faites toujours les mêmes erreurs, vous ne progressez pas. Mais…

…si vous ne faites aucune erreur, vous ne progressez pas non plus. Accepter l’erreur est très difficile, mais aussi très utile.

Marvin Vega

🔗 [À lire sur Corps et Esprit Martial] : l’erreur, une marque positive de votre progression.

Vous avez peut-être peur de faire les choses, car vous vous dites que vous n’allez pas être parfait. Mais ne serait-il pas plus inquiétant de ne rien faire parce que vous avez peur de mal faire ?

Sur un article récemment publié, mon sensei (enseignant) Armand Valle m’a signalé que j’avais oublié une notion importante. Bien sûr dès qu’il me l’a dit, j’ai regretté de ne pas y avoir pensé plus tôt. Puis, après coup, j’ai compris que je n’avais pas suffisamment pensé à ceux qui me liraient. Du coup, j’ai retravaillé sur un profil de “lecteur type”. J’ai fait une erreur, qui a créé une opportunité (écrire un nouvel article), et qui me permet d’apprendre sur moi-même et de développer des techniques d’écriture.  

E.H.

Concernant cette notion de “lecteur type”, je trouve intéressante l’approche du “client idéal fictif” proposé par Valérie Demont, de Greenheart business.

Je la cite : En identifiant votre client idéal dans sa globalité et non pas uniquement dans sa relation commerciale avec vous, vous enclenchez la partie invisible de l’icerberg dans votre travail avec lui. Au-delà de vos bonnes pratiques marketing. S’en suit l’épanouissement total dans votre collaboration :

  • Échange d’énergies nourrissantes pour vous deux
  • Efficacité et efficience dans la collaboration et les résultats
  • Confort et fluidité dans vos échanges, votre travail et votre collaboration

5. “Ce n’est pas le but qui est important, c’est le chemin”, Armand Vallé.

Marvin Vega :

Dans les arts martiaux (et, pour moi, dans toutes choses), il y a un concept d’apprentissage cyclique : shu (suivre la tradition), ha (casser la tradition),  ri (quitter la tradition / créer une nouvelle tradition). 

On est sans cesse en train de reprendre les bases en travaillant les mouvements d’origine, puis de chercher à les mêler à d’autres mouvements, avant de se les approprier totalement et de se détacher de la tradition. Mais une fois qu’on est arrivé à l’étape du détachement, on se rend souvent compte qu’on n’en a pas fini, et on recommence à shu. Ce qui veut dire qu’on apprend tout le temps, et que le chemin peut paraître long.

Dans les arts martiaux, la pratique qui me correspond le plus est mushutoku, la pratique sans but. Longtemps j’ai eu des raisons de pratiquer : devenir plus fort, savoir me défendre, mieux maîtriser mon corps, etc… Aujourd’hui je pratique pour pratiquer, car c’est le moment où je me sens bien et heureux. De ce fait shu ha ri devient agréable, car j’apprends toujours. 

Il arrive souvent que mes élèves me demandent si je n’en ai pas assez d’apprendre, si je ne voudrais pas tout savoir, et j’ai une réponse en deux temps.

 – Tout d’abord, il est facile de tout savoir, il suffit de prendre un livre et de lire. Ce qui compte c’est le savoir-faire

– Deuxièmement, il est impossible d’être parfait, et pour cela je devrai toujours m’entraîner, et j’en suis heureux, car c’est un moment agréable pour moi.

🔗[À lire sur Corps et Esprit Martial] : “Shoshin, l’esprit du débutant“.

J’ai tiré une leçon de cela : même si les “retours sur investissement” sont longs à obtenir, si on fait les choses avec passion et envie, on ne s’essouffle pas. 

Lorsqu’on se forme à la rédaction, il faut se préparer à courir un marathon et non un sprint. On va progresser sur un point en particulier, puis se rendre compte plus tard que l’on peut encore progresser sur ce même point. Autrement dit, shu ha ri s’applique en permanence.

“Si l’on ne prend pas de plaisir à écrire, alors le temps risque d’être très long.“

Marvin Vega

E.H.

C’est presque un conseil d’orientation professionnelle, voire de life design, que nous livre Marvin. On peut se demander en effet, quelle pratique vaudrait la peine d’occuper 8 heures de chacune de nos journées, si elle ne générait aucune joie ? En ce qui me concerne, c’est cette recherche de “pratique pour le plaisir de pratiquer”, qui me pousse à me former au sujet de la communication web éthique. Travailler avec des entreprises alignées avec mes valeurs internes, c’est à la fois un gage d’efficacité et d’épanouissement. C’est une relation gagnant-gagnant ! 

Marvin Vega :

Il existe un autre point commun entre les arts martiaux et la rédaction. Il y a des jours où vous n’arrivez à pas-grand-chose mais aussi des jours magiques où tout vous réussit, où vous combattez comme un lion sur les tatamis et où vous écrivez trois articles dans la journée.

Le risque est que le lendemain d’une si belle journée, la descente soit douloureuse. Vous pourriez ne pas comprendre pourquoi vous avez réussi à produire du contenu de qualité pendant un jour et ne rien réussir ensuite 4 jours de rang. Eh bien rassurez-vous, c’est tout à fait normal !

Ne pas culpabiliser le lendemain est quelque chose de difficile, mais c’est important si vous souhaitez devenir meilleur, quel que soit le domaine. Les arts martiaux m’ont donné le recul nécessaire. Dans le dojo, chaque jour est nouveau, et en rédaction web aussi. 

E.H.

Merci beaucoup, Marvin !

Où suivre Marvin Vega et Anne Juguet ?

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