Une stratégie de contenus grâce aux arts martiaux…

7 mai 2019 2 Par Elodie Honegger

…Oui, vraiment. Je vous propose un pas de côté, dans la conception et la mise en œuvre de vos projets éditoriaux. L’idée est de nourrir vos réflexions, lorsque vous créez une campagne de notoriété, lancez un blog, ou mettez en place les lignes directrices de votre communication d’entreprise. Pour mener cette réflexion, je m’appuie sur 5 principes, qui sont extraits du champ théorique de l’Aïkido. Pas n’importe quel Aïkido à vrai dire : celui qui est pratiqué aujourd’hui encore au sein de l’école fondée par l’enseignant T.K. Chiba sensei, et qu’il a nommée “Birankaï”. Le mot Biran appartient à la terminologie bouddhique et désigne la tempête cosmique qui précède les changements. (+ d’infos par ici > Le bol de Biran)

J’aime l’idée d’utiliser ce support pour secouer nos grilles de lectures, nos structures de pensée, nos habitudes… En utilisant un corpus théorique qui n’a rien à voir avec le business ou le marketing, mais qui provient d’un art martial, l’Aïkido, qui est un art de la relation. Kazuo Chiba sensei, donc, a transmis à ses élèves 5 piliers, à explorer à travers la pratique de l’Aïkido : le centrage, la connexion, l’intégrité, la vitalité et l’ouverture. [Centeredness, Connectedness, Wholeness, Liveliness, Openness]. 5 principes, que je vous propose de hacker pour faire le point sur la manière dont nous communiquons. Je fais le pari que ces piliers peuvent inspirer et nourrir des sphères de réflexion en dehors des murs d’un dojo, jusque dans nos stratégies éditoriales.

1. Le centrage. De l’importance de se positionner.

Le conférencier et auteur Simon Sinek, spécialisé dans le management et la motivation, explique que dans tout business ou organisation, il faut commencer par s’interroger sur le Pourquoi qui nous motive, avant de travailler à la mise en œuvre de nos idées. Start with Why, dit-il. Il schématise ce concept en mettant le Pourquoi au centre d’une cible, composée également du Comment et du Quoi.

schéma "start with why" de Simon Sinek

Cette représentation m’évoque le concept de centrage en Aïkido. En débutant dans la pratique, on met beaucoup d’attention sur les parties les moins importantes du corps : les bras, les pieds… On n’a généralement pas conscience d’avoir un Centre, qui est pourtant bien plus puissant et efficace que les parties périphériques de notre corps. Idéalement, les mouvements de l’Aïkidoiste devraient partir de son Centre.

Simon Sinek, dans son propre champ de compétences, l’explique ainsi : les leaders inspirés et les organisations inspirées, quelles que soient leurs tailles, quelles que soient leurs domaines, toutes pensent, agissent et communiquent de l’intérieur vers l’extérieur. En clarifiant nos motivations fondamentales, nous sommes plus à même de mettre en place les bonnes stratégies d’action.

C’est ce qu’explique également Stéphane Brogniart, coureur de Trail et coach sportif : Ce qui compte, c’est le fait d’avoir un “Pourquoi” suffisamment fort pour rester au dessus de la contrainte. C’est parce que j’avais un objectif plus profond que de faire un post Facebook avec 300 likes que j’ai pu me lever les dimanches à 4 heures du mat’, courir 4 heures et revenir à la maison avec le petit déj’ pour mes enfants.

La question à se poser

Quelle est ma motivation fondamentale, la raison pour laquelle je souhaite m’exprimer et faire passer un message ? Quel est le cœur de ce message ?

2. La connexion. De l’importance des vraies conversations.

Dans la pratique de l’Aïkido, on recherche la connexion avec son partenaire. Je tiens compte de son corps, de ses gestes, de ce qu’il ou elle partage avec moi. Je pourrais évidemment travailler “seule”, c’est-à-dire exécuter ma technique sans tenir grand compte de la personne qui me prête son corps. Mais c’est en étant connectée que je donne véritablement du sens au terme de “partenaire de pratique”. En travaillant Centre à Centre, je me donne l’opportunité d’être correctement positionnée, non seulement par rapport à moi-même, mais en rapport avec le corps de l’autre. La pratique est une conversation, ce n’est pas un monologue.

Dans un contexte de stratégie éditoriale, la question se pose de savoir comment établir une telle connexion. Comment faire en sorte que mes lecteurs soient aussi, d’une certaine manière, mes partenaires ? Les réseaux sociaux offrent une forme de réponse à ce besoin de connaître et comprendre une audience, car ils permettent de recueillir des impressions, des retours, des demandes, et d’y répondre de manière très réactive.

Mains de deux personnes avec des cafés

Mais n’oublions pas qu’un échange par clavier interposé n’est pas une conversation en temps réel. Le clavier permet d’éditer, de contrôler ce que l’on dit, d’effacer et de corriger avant envoi. Et comme l’explique Sherry Turkle dans son passionnant Ted Talk “Connected, but alone?” : C’est lorsqu’on hésite ou que l’on ne trouve plus ses mots, que l’on se révèle. La connexion internet ne remplit pas toujours sa promesse de nous connecter aux vraies personnes qui nous lisent, derrière leurs écrans.

Pour être en mesure de connecter mon Centre à celui d’une autre personne (un lecteur ou une lectrice, par exemple), je dois pouvoir échanger, faire connaissance, connaître ses besoins et son Pourquoi. Je ne peux pas créer des connexions véritables en travaillant seule dans mon coin.

La question à se poser

Comment puis-je mettre en place une connexion, la plus réelle et interactive possible, avec mon audience ?

3. L’intégrité. De l’importance de la cohérence.

On pourrait parler d’intégrité dans le sens éthique du terme, bien sûr. Mais pour filer la métaphore de l’Aïkido, l’intégrité doit être envisagée autrement. L’intégrité, c’est la fonctionnalité de l’ensemble des parties du corps, qui forment un tout articulé de manière cohérente, ce qui permet de le préserver. C’est le contraire de la dispersion ou de l’éparpillement. Le corps est Un.

plantes vertes - feuilles déployées

Ramenons cela à notre question de stratégie éditoriale. Si mon message est éparpillé, dispersé, manquant de cohérence, j’ai peu de chances d’être entendue ou comprise. Pire : je peux créer une dissonance entre l’intention et les actes, et décrédibiliser mon message de fond. On peut donc se demander : comment éviter la dispersion ? Comment garantir l’intégrité d’un discours, d’un projet ?

Selon moi, l’objectif est de réussir à concevoir nos supports de communication, ainsi que le fond du message, en cohérence avec le Centre qui a été défini à l’étape numéro 1. Les moyens mis en œuvre devraient être, littéralement, l’incarnation du concept central qui nous guide.

La question à se poser

Les contenus que je produis, et leurs supports, sont-ils cohérents avec mon Centre, mon Pourquoi ? Est-ce qu’ils sont bien la forme concrète du concept fondamental que j’ai défini ? Comment produire des contenus qui l’incarnent encore mieux ?

4. La vitalité. De l’importance des énergies qui circulent.

Vague qui retombe

Ma compréhension du principe de vitalité dans l’Aïkido est la suivante : il s’agit de chercher à faire circuler l’énergie. La vitalité, et le dynamisme qui va avec, émergent quand je pratique avec générosité, dans la joie d’échanger. Il s’agit de donner mon énergie activement dans la pratique…et de créer ainsi la possibilité de recevoir l’énergie de mon partenaire en retour.

Dans un environnement business, nombreux sont celles et ceux qui revendiquent la générosité comme voie de développement. Trois exemples parmi tant d’autres :

  • En février cette année, Valérie Demont a interviewé Grégory Pouy dans son podcast From roots to Heaven. Lors de cette interview, il explique comment sa propre production de contenus est avant tout guidée par une intention généreuse. Résultat : son podcast Vlan génère de nombreux retours, dit-il. Parfois des critiques, mais aussi beaucoup de remerciements, d’encouragements, de rencontres et de conversations de qualité.
  • Dans son livre Comment créer un produit ou un service addictif ?, Nir Eyal invite le lecteur à se poser deux questions (parmi beaucoup d’autres…) : La première : Utiliserai-je le produit moi-même ? et la seconde : Mon produit aidera-t-il concrètement les gens à améliorer leur existence ?.
  • La conférencière et autrice Ekaterina Walter présente la générosité comme une Business Practice qui mène au succès : Il s’agit de vouloir donner un peu de soi, offrir le cadeau de son temps et de son expertise, qui n’ont pas de prix, […] Il s’agit d’être bienveillant au point de mettre le succès des autres avant le sien. Il s’agit de connecter des gens qui partagent des passions et des aspirations.

Lorsqu’on produit des contenus, cette logique de générosité me semble incontournable. Pour avoir des retours et des réactions, il faut commencer par donner. C’est lorsque je cherche sincèrement à apporter de la valeur à mon audience que les personnes qui la composent sont susceptibles de prendre du temps dans leurs vies bien remplies, pour interagir avec moi, et me renvoyer de la valeur à leur tour.

La question à se poser

Est-ce que j’offre de la valeur à mon audience ? Qu’est-ce que je donne actuellement, et est-ce que je pourrais donner plus ?

5. L’ouverture. De l’importance d’accepter ce qui nous est donné.

L’ouverture, en communication, consiste à accueillir ce qui nous est dit, ou donné. En Aïkido, il est notamment question d’accueillir la technique, sans pour autant la subir. On parle de “recevoir” une technique, ce qui suppose une forme d’ouverture et d’acceptation, sans pour autant devenir “victime” de son partenaire.

panneau indiquant "Come in we're open"

Cette ouverture, dans le contexte d’un projet éditorial, m’évoque la capacité d’accepter les commentaires avec un esprit ouvert et constructif, qu’ils soient encourageants ou critiques. Il ne s’agit pas de se “laisser faire”, ou de subir des remarques de manière passive… mais d’accueillir les échanges, les encouragements ou les frustrations, avec le calme de celui ou celle qui ne se sent pas menacé·e dans son identité, son intégrité ou ses compétences

Cette ouverture, et la capacité à mettre son égo de côté, permet d’effectuer des analyses honnêtes du travail que l’on fait. Sans cette ouverture, je pourrais avoir tendance à accueillir les compliments et à rejeter les critiques, parce que c’est plus plaisant, sur le plan de l’égo. Cependant, ce n’est pas le plus efficace, et ce n’est pas non plus ce qu’il y a de plus sincère.

En réussissant à poser un regard bienveillant sur les retours que génère mon travail éditorial, je m’ouvre à la possibilité de progresser, de comprendre mieux, de grandir dans ma pratique de la production de contenus. Est-ce que vous préférez travailler avec quelqu’un qui analyse son travail, et adopte une mentalité d’apprentissage permanent, ou avec une personne très sûre d’avoir déjà tout compris, et plus grand chose à apprendre ? Pas difficile de choisir, n’est-ce pas ?

La question à se poser

Y’a t-il des sujets auxquels je suis fermé par principe ? Y’a t-il des remarques, des retours ou des suggestions dont je me coupe ? Puis-je mettre en place des process pour récolter des retours qualitatifs de la part de mon audience ?

6. Comment exploiter ces piliers ?

J’envisage ces 5 piliers, et les questions que j’y ai associées, comme un outil qui contribue à valider ma stratégie éditoriale ou à la réorienter, de manière cyclique. Une fois tous les trimestres, par exemple. L’Aïkido de Chiba sensei, en plus de ces 5 piliers, repose sur une mentalité qu’il appelait l’Esprit du Débutant, ou Shoshin, en japonais. Cet état d’esprit permet de construire de manière solide les 5 piliers, avec des bases fortes. L’Esprit du Débutant, c’est cette capacité à toujours envisager le travail comme si on avait tout à apprendre, quel que soit notre niveau d’expérience ou notre ancienneté.

Dans bien des domaines, on ne peut évidemment pas re-questionner nos choix en permanence, au risque de perdre toute forme d’efficacité. Par contre, il est possible de mettre en place des outils et des process qui nous permettent, de manière planifiée, de questionner nos stratégies pour valider nos objectifs, nos intentions, et les moyens que nous voulons mettre en œuvre pour la suite du chemin. C’est ce que j’ai voulu vous livrer ici ! Le résultat de mes réflexions, c’est un document de synthèse en mode Bullet Journal, à télécharger, et à exploiter chaque fois que le besoin s’en fait sentir 🙂

Document offert, à télécharger au format JPG

Personne qui tend un paquet cadeau

📥 Stratégie éditoriale / arts martiaux 📥

Cette page de travail réunit de manière synthétique les 5 piliers évoqués dans cet article. Pour chacun, une case est dédiée à la réalisation d’un état des lieux, et une autre case à la remise en question de votre dispositif actuel. Vous pouvez l’imprimer, et vous en servir pour effectuer de manière succincte un état des lieux de votre stratégie éditoriale, puis vous projeter sur des améliorations possibles. Je vous conseille d’utiliser en complément la liste des “questions à se poser” (doc .pdf) que j’ai évoquées tout au long de l’article, pour chaque pilier.

N’hésitez pas à me dire en commentaires ce que vous en pensez, si cela vous aide, si vous aimeriez que j’y ajoute des éléments…😉

Photos d’illustration : Estée Janssens, Joshua Ness, Annie Spratt, Jeremy Bishop, Richard Balog, Photo by Markus Spiske, Kira auf der Heide on Unsplash

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